Sainte-Catherine

Sainte-Catherine

Traduit par : Donia Walid

C’est une ville d’une importance particulière, située à 300 kilomètres du canal de Suez, dans le sud du Sinaï, sur un plateau à 1 600 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle est entourée d’un ensemble de montagnes, notamment le mont Sainte-Catherine, le mont Moïse et le mont Safsafa, qui comptent parmi les plus hautes montagnes d’Égypte.

Au pied du mont Sainte-Catherine et à proximité de Wadi Al-Rahah, un monastère a été construit. Sa construction fut ordonnée en 432 après J.-C. par l’impératrice Hélène, mère de l’empereur Constantin. Les travaux furent achevés sous le règne de l’empereur Justinien en 545 après J.-C.

Le monastère a été attribué à sainte Catherine, grâce à laquelle cinquante savants auraient embrassé la foi. L’empereur ordonna alors qu’elle soit torturée puis exécutée par décapitation. Avant de porter son nom actuel, le monastère a connu plusieurs appellations. Il devait initialement être nommé d’après le prophète de Dieu Moïse – paix sur lui – car c’est dans cette région qu’il aurait parlé à son Seigneur. Il fut ensuite appelé le monastère de la « Transfiguration », puis le monastère de la Vierge Marie. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus anciens monastères du monde.

Il est bordé à l’ouest par Wadi Al-Rahah et se compose de plusieurs bâtiments entourés d’une imposante enceinte en granit, renforcée par quatre tours situées à ses angles. La hauteur de ces murs varie entre 12 et 15 mètres, tandis que la longueur de leurs côtés atteint respectivement 117, 80, 77 et 76 mètres. Le monastère est habité par des moines de l’Église orthodoxe grecque.

Il se distingue par le fait qu’il n’a jamais été détruit au cours de son histoire et qu’il a su préserver les caractéristiques uniques de son héritage grec et romain. Parmi les bâtiments les plus importants du monastère :

  • La Grande Église (de la Transfiguration)

Elle est située dans la partie nord du monastère. Elle a été construite en 527 après J.-C., sous le règne de l’empereur Justinien, sous la forme d’une basilique romaine. Sa porte est en bois sculpté, et à l’intérieur se trouvent 12 colonnes représentant les mois de l’année. De chaque côté, il y a une structure portant le nom de l’un des saints. On trouve également des inscriptions anciennes sur son plafond, notamment :
« Pour le salut de notre roi, il a rencontré Justinien le Grand. Ô Seigneur, qui t’es transfiguré en ce lieu, protège et aie pitié de ton serviteur Étienne, ainsi que des bâtisseurs de ce monastère, Elesius (Élisée) et Nona. »

À l’extrémité de l’église se trouve une abside ronde ressemblant à un dôme, dont le plafond et les côtés sont décorés de mosaïques. Elle est considérée comme l’une des mosaïques chrétiennes les plus célèbres au monde. Elle représente des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament. La scène principale montre le Christ au centre, la Vierge à sa droite, Moïse à sa gauche, et Pierre prosterné à ses pieds.

Sur le mur voisin, deux scènes sont représentées : la première montre Moïse recevant la Loi sur le mont Sinaï, et la seconde représente Moïse s’agenouillant devant le buisson ardent, tandis que la main de Dieu apparaît au-dessus des flammes, pointant vers lui.

Un cercueil a été placé sous le dôme, contenant les restes du corps de sainte Catherine, conservés dans deux coffrets en argent. Dans le premier se trouve son crâne, surmonté d’une couronne en or incrustée de pierres précieuses. Dans le second se trouve sa main gauche, ornée de bagues en or et de pierres précieuses. En face, se trouvent deux grands coffrets en argent portant une image de sainte Catherine et contenant de précieux dons offerts par des rois au monastère.

Sur les murs de l’église sont accrochées 150 icônes, sur un total de 2000 appartenant au monastère. Ces icônes présentent une grande valeur historique ; certaines sont rares et remontent au début du VIe siècle, tandis que d’autres datent du début de l’époque byzantine. Plusieurs lustres sont également suspendus au plafond.

  • L’église du Buisson ardent

Elle est située derrière l’église principale, à proximité du buisson ardent sacré, où le prophète Moïse vit le feu, ainsi que du sanctuaire du prophète Aaron. Sa construction a été ordonnée par l’impératrice Hélène.

Cette plante ne pousse que dans cette région et possède une grande importance religieuse. Elle est toujours verte, et un mur a été construit autour d’elle afin de la préserver.

  • L’église des morts

Il s’agit d’une salle destinée à la conservation des crânes des défunts, où ceux-ci sont empilés les uns sur les autres. Le monastère ne comprend que six tombes réservées aux moines et aux évêques.

 

La bibliothèque

Elle est située au troisième étage d’un ancien bâtiment au sud de la Grande Église. Elle se compose de trois salles disposées en une seule rangée et contient 6000 manuscrits rares, historiques, géographiques et philosophiques, dont le « Codex Sinaiticus » ou « Torah grecque », qui est une copie incomplète écrite par l’évêque de Césarée, « Aspius », en 331.

Elle comprend également des documents et des firmans accordés au monastère par des califes et des dirigeants, au nombre d’environ 2000 documents. Le plus important est une charte prophétique, « l’Ashtiname », que le Messager – que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui – a envoyée aux moines résidant dans un monastère entre les montagnes du Sinaï, le troisième jour de Muharram de la deuxième année de l’Hégire, correspondant à l’an 623 après J.-C., en réponse à leur demande de protection.

Elle a été signée par 21 Compagnons comme témoins, et l’imam Ali ibn Abi Talib – que Dieu soit satisfait de lui – l’a rédigée sur la peau d’un cerf. Il y est déclaré :
« Aucun évêque ne sera démis de son épiscopat, aucun moine de sa vie monastique, aucun ermite de son ermitage, aucun voyageur de son voyage, et aucune maison de leurs églises ne sera détruite ni vendue. Rien de la construction de leurs églises ne sera utilisé pour construire une mosquée ou une maison de musulmans. Celui qui agirait ainsi romprait l’alliance de Dieu et de Son Messager. Les moines, les évêques et les fidèles ne paieront ni tribut ni amende. Je garantis leur protection où qu’ils soient, sur terre ou en mer, à l’est, à l’ouest, au nord et au sud. Ils bénéficient de ma protection, de ma charte et de ma sécurité. »

Le sultan Selim confirma, lors de son entrée en Égypte, les privilèges du monastère. Cependant, il prit l’original de la lettre de protection pour le conserver dans le trésor royal à Constantinople. En même temps, il remit au monastère des copies certifiées conformes de ce document, scellées du sceau du Prophète comme preuve de leur conformité à l’original.

À l’intérieur des murs du monastère se trouve une petite mosquée datant de l’époque fatimide, appelée mosquée Al-Hakim (« Masjid al-Hakim bi Amr Allah »). Elle a été construite en briques crues et en pierre de granit en 1106 après J.-C., à 10 mètres de la Grande Église.

On y trouve également une petite église construite sur le mont Moïse, un pressoir pour extraire l’huile d’olive, un ancien magasin d’approvisionnement et un puits d’eau, ainsi qu’un groupe de jardins plantés d’arbres et de fleurs du côté nord-ouest, à l’extérieur du mur.

Le système du monastère

Le système monastique actuel suivi par les moines du monastère Sainte-Catherine est celui de saint Basile le Grand (329-379 après J.-C.), l’un des disciples d’Anba Pakhom (290-348 après J.-C.).

Ce système repose sur une vie d’ascèse et de dévotion, combinée à un travail communautaire accompli côte à côte.

Le tourisme de safari

En raison des magnifiques paysages naturels de la ville, que l’on trouve rarement ailleurs, où les montagnes majestueuses et les vallées rendent la marche à la fois agréable pour l’âme et apaisante pour le cœur, les safaris se sont récemment répandus dans la ville, attirant ceux qui recherchent le plaisir de la nature.

Les monts Sainte-Catherine

  • La montagne des filles

C’est une grande montagne située en direction de Serbal, et elle en est séparée par la vallée de Feiran. De nombreux récits expliquent l’origine de ce nom, mais le plus célèbre raconte que certaines jeunes filles du désert ont fui leurs familles pour échapper à un mariage forcé avec des hommes qu’elles n’aimaient pas. Elles se sont réfugiées sur cette montagne, mais leurs familles les ont poursuivies. Elles ont alors attaché leurs cheveux les unes aux autres et se sont jetées dans la vallée, devenant ainsi des martyres de la liberté.

  • Le mont Moïse

Il est considéré comme l’une des montagnes les plus célèbres du sud du Sinaï. Chaque visiteur du monastère Sainte-Catherine aime gravir le sommet de cette montagne, qui s’élève à environ 7 363 pieds au-dessus du niveau de la mer.

Il porte le nom de notre maître Moïse, car il y serait monté pour parler à son Dieu pendant quarante jours, afin de recevoir le message qu’il transmit à son peuple, qui l’attendait dans la vallée d’« Al-Raha ».

On dit que cette montagne grondait et tremblait violemment. Depuis son sommet, on peut admirer l’un des plus beaux paysages qui soient, surtout au petit matin, lorsque le soleil projette ses rayons sur les montagnes superposées à perte de vue. Une petite église y a été construite, ainsi qu’une petite mosquée à proximité, illustrant de manière éloquente l’unité nationale reliant les deux pôles de la nation.

  • Le mont Catherine

Cette montagne est considérée comme l’une des plus hautes de toute l’Égypte, avec une altitude de 8 563 pieds au-dessus du niveau de la mer.

Elle porte ce nom parce que, selon les traditions des moines, les anges auraient transporté autrefois le corps de sainte Catherine depuis le lieu de son martyre à Alexandrie en 307 après J.-C., pour le déposer sur cette montagne.

Aujourd’hui, il n’en reste que le crâne et l’os d’une des mains, conservés dans une boîte à l’intérieur de l’église. Depuis son sommet, on peut apercevoir, à perte de vue, le golfe d’Aqaba et le golfe de Suez, surtout lorsque le temps est clair et que le soleil brille.

 

Les réserves naturelles à Sainte-Catherine

  • La réserve Sainte-Catherine

La réserve Sainte-Catherine s’étend sur environ 45 300 km² dans le sud du Sinaï. Cet espace offre de merveilleuses opportunités pour pratiquer des safaris et profiter de la nature au cœur des plus beaux paysages d’Égypte. Sainte-Catherine et ses environs ont été déclarés réserve naturelle.

La réserve Sainte-Catherine possède des éléments naturels et culturels d’une nature particulière, car il s’agit d’une région dotée d’un riche patrimoine. Faire de l’exercice et monter à dos de chameau est le meilleur moyen de profiter des régions pittoresques et des hautes montagnes, car c’est le territoire d’origine de nombreuses tribus et un refuge pour diverses espèces sauvages.

La réserve Sainte-Catherine est située au point de rencontre de Wadi El-Sebaïa et de Wadi Al-Arbaeen, sur un haut plateau entouré de reliefs élevés représentés par plusieurs montagnes de hauteurs variées, notamment : le mont Sainte-Catherine, le plus haut sommet d’Égypte, le mont Moïse, le mont Safsafa, le mont Al-Sana, le mont Ahar et le mont Abbas. Ces montagnes se caractérisent par des pentes abruptes et des formations rocheuses irrégulières, rendant leur ascension difficile sans passages escarpés.

La réserve Sainte-Catherine est unique en Égypte, car elle regroupe un ensemble d’éléments qui nécessitent une protection particulière. Il s’agit d’une réserve historique dotée d’un patrimoine culturel exceptionnel, comprenant le monastère Sainte-Catherine avec son architecture et ses trésors artistiques et archéologiques, ainsi que les montagnes sacrées qui l’entourent et leur importance religieuse. Elle comprend également d’autres sites religieux tels que le tombeau du prophète Saleh et celui du prophète Haroun.

Parallèlement, Sainte-Catherine constitue une réserve naturelle majeure, car elle représente l’un des habitats naturels les plus importants pour de nombreuses plantes rares du Sinaï, dont la présence en Égypte est limitée à cette région. On y trouve notamment des plantes médicinales, des plantes toxiques et d’autres espèces. Parmi les plus importantes figurent : al-Samwa, al-Habak, le thym, l’absinthe, l’ajram, al-Atoum, al-Bthiran, al-Tarfa et al-Sakran.

La région abrite également de nombreuses sources d’eau et des cultures fruitières, ainsi que certains puits historiques, tels que le puits de Zaytuna et le puits de Haroun.

 

La vie animale

La région de Sainte-Catherine abrite de nombreux animaux sauvages tels que les renards, les hyènes, les chats sauvages, les cerfs, les rennes, les lapins sauvages, les loups, les hérissons arabes, les souris épineuses, les gerboises, ainsi que de nombreux reptiles.

On y trouve également une grande diversité d’oiseaux, dont les plus importants sont : la cigogne, l’aigle, le faucon, le vautour, la perdrix choukar, le ganga couronné, le ganga lunaire, la chouette, ainsi que différentes familles d’oiseaux comme les Alaudidés, les Oenanthe, les Nectariniidae, les Corvus, les Passeridae, le serin syriaque, les Emberiza et d’autres.

Cette région a été déclarée réserve naturelle en 1988.

Les plantes médicinales

La science et les chercheurs ont démontré que le traitement par les plantes médicinales et les herbes est moins nocif que celui basé sur des médicaments issus de produits chimiques. Leurs recherches et études s’orientent désormais vers l’extraction de médicaments à partir de plantes et d’herbes naturelles pour traiter de nombreuses maladies.

Cette orientation a conféré à la ville de Sainte-Catherine un atout supplémentaire, car elle abrite une grande variété de plantes médicinales et d’herbes utilisées dans le traitement de nombreuses maladies.

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Sources :

Ministère du Tourisme et des Antiquités

Autorité générale de l’information

Journal Al-Ahram