La mosquée Ahmad Ibn Touloun, troisième plus grande mosquée historique au monde

La mosquée Ahmad Ibn Touloun, troisième plus grande mosquée historique au monde

Au sommet du mont Yashkur, dans un lieu réputé pour l’exaucement des prières, il est rapporté que Dieu s’adressa à Son prophète Moïse, paix sur lui, dans la région d’Al-Saliba, située entre la place Al-Rumaila au nord et la place Sayyida Zaynab au sud. La place Al-Rumaila, aujourd’hui connue sous le nom de place de la Citadelle, se trouve au pied de la citadelle, face à la mosquée et à l’école du sultan Hassan.

La mosquée Ibn Touloun fut construite en 263 de l’Hégire, soit 876 après J.-C., et achevée en 265 de l’Hégire, soit 878 après J.-C. Bien que la date d’achèvement fasse l’objet de divergences, une inscription commémorative gravée en écriture coufique sur une plaque de marbre, fixée sur l’un des piliers faisant face à la qibla, confirme cette date. On y lit que le prince Abou al-Abbas Ahmad Ibn Touloun ordonna la construction de cette mosquée bénie, avec ses propres ressources, dans le but de rechercher la satisfaction de Dieu, d’encourager la pratique religieuse, de renforcer l’unité des croyants et d’assurer la pérennité des lieux de culte.

Cette mosquée constituait le principal édifice religieux de la ville d’Al-Qataï, nouvelle capitale fondée par Ahmad Ibn Touloun pour affirmer son autonomie vis-à-vis du califat abbasside. La ville fut ainsi divisée en quartiers, appelés « qataï », chacun étant attribué à une catégorie spécifique de la population, notamment les soldats et les différentes communautés, à l’image des quartiers du Caire fatimide.

La mosquée Ibn Touloun est aujourd’hui la seule mosquée en Égypte à avoir conservé son état d’origine sans transformations majeures, contrairement à d’autres monuments comme la mosquée Amr Ibn al-As ou la mosquée Al-Azhar. Elle demeure également le seul vestige subsistant de la ville d’Al-Qataï, incendiée par les Abbassides après la chute de l’État toulounide en 292 de l’Hégire, marquant ainsi la fin de cette période d’autonomie en Égypte.

Il convient de noter que la ville d’Al-Qataï’ fut totalement détruite durant la période de la grande famine sous le règne du calife fatimide Al-Mustansir Billah. Malgré cela, la Mosquée Ibn Touloun demeura debout et imposante.

On rapporte en effet que Ahmad Ibn Touloun avait déclaré :
« Je veux construire un édifice qui, si l’Égypte brûle, restera intact, et si elle est submergée, survivra. »
On lui répondit alors : « Construisez-le en chaux, en cendres et en briques rouges. »

La mosquée se compose d’une vaste cour centrale carrée à ciel ouvert, au centre de laquelle s’élève une coupole. Cette cour est entourée de quatre galeries sur chacun de ses côtés. Chaque galerie comprend deux nefs, tandis que la galerie de la qibla est la seule à en comporter cinq. Trois autres galeries extérieures entourent la mosquée sur trois côtés, appelées « ziyadat ».

La mosquée compte six mihrabs. Cinq d’entre eux ne sont pas creusés, tandis que le mihrab principal présente une légère déviation par rapport à la direction de la qibla, inclinée vers le sud par rapport à celle de la Mosquée Amr Ibn al-As.

À ce sujet, l’historien Al-Maqrizi mentionne dans son ouvrage « Al-Mawa‘iz wa al-I‘tibar bi Dhikr al-Khitat wa al-Athar » que quiconque monte sur le toit de la mosquée Ibn Touloun peut constater que son mihrab est incliné vers le sud par rapport à celui de la mosquée Amr Ibn al-As.

Une assemblée fut même tenue dans la mosquée sous la juridiction du grand juge Izz al-Din Abd al-Aziz ibn Jamaa, en présence de spécialistes de l’astronomie et du calcul du temps. Après examen, ils conclurent que le mihrab s’écartait de la direction correcte de la qibla d’environ quatorze degrés vers le sud-ouest. Ce constat fut consigné officiellement.

Quant aux autres mihrabs, ils furent construits à des époques postérieures à l’ère toulounide. Parmi les plus importants figurent le mihrab du calife fatimide Al-Mustansir Billah, dont les inscriptions indiquent qu’il fut édifié en 487 de l’Hégire par son vizir Al-Afdal ibn Badr al-Jamali, ainsi que le mihrab du sultan Hussam al-Din Lajin, construit en 696 de l’Hégire, comme l’attestent les inscriptions qui y figurent.

Quant à la coupole située au centre de la cour, elle abritait autrefois un bassin en marbre avec une fontaine en son milieu, utilisée par la suite pour les ablutions. Cette coupole fut incendiée en l’an 376 de l’Hégire, et il n’en resta rien. En l’an 385 de l’Hégire, le calife fatimide Al-Aziz Billah ordonna la construction d’une nouvelle coupole en remplacement de celle détruite. Toutefois, les inscriptions présentes à l’intérieur de la coupole indiquent qu’elle fut reconstruite une troisième fois à l’époque mamelouke, sous le règne du sultan Hussam al-Din Lajin en l’an 696 de l’Hégire. Cela montre que la mosquée d’Ahmad Ibn Tulun a suscité l’intérêt des Fatimides comme des Mamelouks.

La mosquée d’Ahmad Ibn Tulun est considérée comme la troisième plus grande mosquée historique au monde, après les mosquées de Grande Mosquée de Samarra et d’Mosquée Abou Dulaf. Elle suit le plan traditionnel des mosquées islamiques, reposant sur une vaste cour centrale à ciel ouvert entourée de quatre galeries couvertes.

La mosquée s’inspire également de la Grande Mosquée de Samarra en Irak dans l’utilisation de la brique cuite comme matériau de construction, ainsi que dans son minaret hélicoïdal, presque unique en Égypte. Les extensions extérieures autour de la mosquée existent aussi à Samarra et ressemblent au chemin circulaire qui entoure la mosquée d’Mosquée Amr Ibn al-As de tous côtés.

La mosquée est entourée de murs percés de portes, chacune faisant face à une porte correspondante de l’édifice principal. Leur nombre est estimé à trente-trois, mais ces portes extérieures ont été complètement fermées et murées. Le voyageur Nasser Khosrow mentionna ces murs et ces portes dans son récit de voyage, affirmant n’avoir jamais vu ailleurs une telle beauté et une telle qualité, sauf à Amid et Mayyafariqin.

La mosquée a été construite sur une vaste superficie estimée à environ six feddans et demi, ce qui en fait l’une des plus grandes mosquées du Le Caire. Il semble que cette immense superficie ait été l’une des raisons pour lesquelles les prières n’y furent plus régulièrement célébrées à certaines périodes historiques jusqu’à nos jours.

Sous le règne de Saladin, la mosquée fut transformée en refuge accueillant les étrangers venus du Maghreb pendant la saison du pèlerinage. Ibn Jubayr mentionne cet usage dans son récit de voyage lorsqu’il évoque la mosquée d’Ibn Touloun, en déclarant qu’il s’agit d’une mosquée ancienne, élégante dans sa conception et solide dans sa construction. Il précise que le sultan en fit un lieu d’hébergement pour les Maghrébins, où ils pouvaient résider et tenir des cercles de savoir, tout en bénéficiant de subsides mensuels.

En l’an 662 de l’Hégire, sous le règne du sultan Baibars, la mosquée fut transformée en entrepôt destiné au stockage et à la cuisson des céréales. Le sultan ordonna également que l’on distribue chaque jour cent ardabs de blé, provenant des greniers sultanaux, aux habitants des zawiyas, après leur transformation en pain au sein de la mosquée d’Ibn Touloun. Cet événement est rapporté par Al-Maqrizi dans son ouvrage Al-Sulūk li maʿrifat duwal al-mulūk.

Par la suite, sous le règne de Mohamed Bey Abu al-Dhahab, la mosquée fut convertie en atelier de fabrication de ceintures en laine. Elle fut ensuite transformée en hospice pour les personnes âgées et les indigents, sous l’initiative de Clot Bey.

Ces transformations successives illustrent les nombreuses atteintes et changements qu’a subis ce monument islamique ancien au fil des siècles.

Sources :

  • Ministère du Tourisme et des Antiquités d'Égypte
  • Al-Ahram
  • Le Caire islamique